{"id":1467,"date":"2018-12-07T16:28:19","date_gmt":"2018-12-07T15:28:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/?p=1467"},"modified":"2018-12-11T17:38:57","modified_gmt":"2018-12-11T16:38:57","slug":"abdelilah-chahidi-les-revelations-interieures-du-beau-visage-feminin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/2018\/12\/07\/abdelilah-chahidi-les-revelations-interieures-du-beau-visage-feminin\/","title":{"rendered":"Abdelilah Chahidi: Les r\u00e9v\u00e9lations int\u00e9rieures du beau visage f\u00e9minin"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00ab<\/strong>Il n\u2019est pas de beaut\u00e9 sans f\u00ealure\u00bb Georges Bataille<\/p>\n<p>On ne cessera jamais d\u2019explorer la figure f\u00e9minine comme horizon d\u2019art qui ouvre la voie au fr\u00f4lement du myst\u00e8re de l\u2019existence. Abdelilah Chahidi nous le fait sentir \u00e0 sa mani\u00e8re avec \u00e9l\u00e9gance et ma\u00eetrise. L\u2019\u00e9l\u00e9gance du rendu ouvert \u00e0 la contemplation et la ma\u00eetrise de l\u2019outil par lequel l\u2019ex\u00e9cution de celui-ci est possible, donn\u00e9 \u00e0 voir en des dimensions accaparantes (des toiles assez grandes pour emp\u00eacher l\u2019ailleurs tout proche: 200 sur 130 cm \u00e0 titre d\u2019exemple). C\u2019est dire l\u2019importance physique du travail artistique d\u2019Abdelilah Chahidi.<\/p>\n<p><strong>Le portrait qui en cache un autre <\/strong><\/p>\n<p>Or, il ne faut pas s\u2019y tromper. Le portait de la femme est une composante qui, certes pla\u00eet par le d\u00e9licieux p\u00e9ch\u00e9 de l\u2019admiration qu\u2019il suscite, est avanc\u00e9 pour exprimer autre chose, pr\u00e9texte et b\u00e9ance sur un tas de significations. Car si le d\u00e9sir nous prend de s\u2019essayer \u00e0 la gymnastique de le regarder tout seul, et d\u2019occulter le reste du tableau, on n\u2019y r\u00e9ussit pas. Par contre l\u2019occulter lui, en tant que portrait peut se faire, et un autre pan autrement plus insistant s\u2019invite \u00e0 nos sens visuels. C\u2019est la th\u00e9matique de la pr\u00e9sence\/absence qui est mise en \u0153uvre ici, mais avec de gros moyens plastiques, si on ose employer des termes venues de l\u2019ailleurs artistique. D\u2019autant plus que le portrait f\u00e9minin est au centre de la toile, d\u2019une \u00e9vidence criante. Notons au passage la raret\u00e9 du portrait masculin qui, s\u2019il est peint, est pr\u00e9texte \u00e0 accoler aux extr\u00e9mit\u00e9s de sa pilosit\u00e9 faciale dense et touffue un nombre de minuscules femmes en diff\u00e9rentes positions comme compl\u00e9ments emp\u00eachant toute limpidit\u00e9.<\/p>\n<p>Cela nous offre deux niveaux de lectures, cons\u00e9quence de deux approches mises c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te mais s\u2019interp\u00e9n\u00e9trant de fa\u00e7on translucide et abordable. Ce qui est encore plus palpable avec le proc\u00e9d\u00e9 caract\u00e9risant l\u2019art de l\u2019artiste qui consiste \u00e0 donner deux moments de visualisation, l\u2019une nocturne et l\u2019autre diurne.<\/p>\n<p>Le portrait de la femme est donc dans l\u2019axe de la toile, ses yeux joliment maquill\u00e9s fixant le spectateur (il y a un r\u00e9el spectacle dans l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste), ses l\u00e8vres affichant leur rouge \u00e0 l\u00e8vres vif, les joues lisses et presque limpides. C\u2019est une caract\u00e9ristique ind\u00e9passable qui nous montre un c\u00f4t\u00e9 figuratif dompt\u00e9 \u00e0 merveille, c\u2019est-\u00e0-dire dans sa fid\u00e9lit\u00e9 impeccable au r\u00e9f\u00e9rent r\u00e9el dont il tire sa mat\u00e9rialit\u00e9 claire, rehauss\u00e9e par l\u2019\u00e9clat lumineux du teint. Car il est le visage d\u2019une femme appartenant \u00e0 la contemporan\u00e9it\u00e9. Elle est actuelle. Et pourtant, l\u2019artiste le place ainsi \u00e0 dessein, pour exprimer autre chose, lui conf\u00e8re cette pr\u00e9sence forte et influente pour nous faire entrer dans l\u2019absence, dans ce que cache la pr\u00e9sence. Cela avoisine par certains \u00e9gards ce qui est appel\u00e9 le portrait psychologique sans l\u2019\u00eatre en fait. Il renvoie \u00e0 un symbolisme qui a des connections avec le psychologique. Juste apr\u00e8s, le figuratif c\u00e8de la place petit \u00e0 petit, \u00e0 l\u2019abstrait, le champ des couleurs sombres et aux tons ombrag\u00e9s, de la grisaille que vient \u00e9clairer parfois le rouge vif, le bleu aqueux. \u00c7a se fait par \u00e9tapes. Car le visage f\u00e9minin est sans cesse cern\u00e9, envahi, encercl\u00e9, convoit\u00e9 par toutes sortes de composantes identifiables avant la plong\u00e9e dans le non-identifiable dans les confins de chaque toile. Comme une perte dans ce qui existe pour lui-m\u00eame. C\u2019est-\u00e0-dire le vaste monde qui couve notre existence passag\u00e8re en proie \u00e0 l\u2019\u00e9rosion temporelle.<\/p>\n<p><strong>Anthologie de visages aux cr\u00e2nes ouverts <\/strong><\/p>\n<p>Car une remarque importante est \u00e0\u00a0 signaler ici: c\u2019est le visage de la femme et non son corps qui est mis en \u00e9vidence. On est loin des canaux artistiques classiques se rapportant \u00e0 la repr\u00e9sentation de la femme. Le corps, lorsqu\u2019il est peint est juste un petit d\u00e9tail quelque part dans la toile, plut\u00f4t meurtri que sublim\u00e9. La d\u00e9marche de l\u2019artiste n\u2019est gu\u00e8re de montrer mais d\u2019exprimer. Ainsi chaque visage est fractur\u00e9, ouvert en haut, lib\u00e9rant c\u00f4t\u00e9 cr\u00e2ne ce qu\u2019il cache, ce qui s\u2019y trame de soucis, de r\u00eaves, de fantasmes, de turbulentes id\u00e9es, que le monde ext\u00e9rieur impose in\u00e9luctablement, que le temps sculpte inlassablement.<\/p>\n<p>Une multitude de significations nous parviennent presque en blocs. Le visage devient alors un paravent, un leurre, juste un visage fort maquill\u00e9 et si beau en apparence, alors que tout un univers secret et infiniment inqui\u00e9tant lui est coll\u00e9, faisant partie de lui. Ce sont des pans de pierres \u00e0 abattre pour lib\u00e9rer un visage mur\u00e9 dont les yeux sont bond\u00e9s, comme d\u00e9sir de libert\u00e9 entrav\u00e9e dans la toile intitul\u00e9e \u00abfa\u00e7onnage idyllique\u00bb. Ce sont des cintres \u00e0 la place du cr\u00e2ne auxquels sont suspendus des visages qu\u2019on sort de sachets plastiques qui les couvrent, \u00e9tant juste des choses \u00abpr\u00e9cieuses\u00bb dans un long r\u00e9duit, dans la toile qui porte le titre de \u00abharems vestimentaires\u00bb. Ou des mains aux doigts incurv\u00e9s vers l\u2019avant plan maniant des fils rattach\u00e9s aux traits du visage le manipulant comme une marionnette dans \u00abfemme manipul\u00e9e\u00bb. Une autre toile intitul\u00e9e \u00abl\u2019\u00e2me br\u00fbl\u00e9e\u00bb montre un cr\u00e2ne plat o\u00f9 est pos\u00e9e une bougie qui br\u00fble et dont la cire d\u00e9gouline tout autour du visage. Toutes les toiles cr\u00e9\u00e9es par Abdelilah Chahidi refl\u00e8tent un r\u00e9cit d\u00e9positaire d\u2019un message. \u00abLa\u00a0peinture\u00a0est un art et l\u2019art dans son ensemble n\u2019est pas une vaine cr\u00e9ation d\u2019objets qui se perdent dans le vide\u00bb avait dit Kindknsky.<\/p>\n<p><strong>Les formes nuageuses du temps <\/strong><\/p>\n<p>Tout cela conduit \u00e0 dire que cette repr\u00e9sentation, ainsi \u00e9difi\u00e9e, d\u00e9livre les traces caus\u00e9es par les affres du temps figur\u00e9es par un sablier, ce long parcours des instants \u00e9quivalent \u00e0 une existence, \u00e0 la vie o\u00f9 la beaut\u00e9 se d\u00e9sint\u00e8gre lentement m\u00eame si l\u2019art la conserve par essence. Car derri\u00e8re, se nichent les soucis, car tout autour, la n\u00e9gation (le n\u00e9gatif) est tout proche pr\u00eat \u00e0 y mettre du sien. Comme le disait le po\u00e8te Reverdy\u00a0:\u00a0\u00abIl y a pour l\u2019\u00e2me des aubes et des cr\u00e9puscules sans nombre chaque jour.\u00bb<\/p>\n<p>Ce dernier aspect est rendu par tout le c\u00f4t\u00e9 abstrait des toiles de l\u2019artiste. Ces nuages comme des coul\u00e9es de couleurs bl\u00eames et affadis en vagues, ces tons automnaux montr\u00e9s par des feuilles et des branches d\u2019arbres. Ces formes d\u00e9goulinantes, envahissantes qui traquent les visages jusqu\u2019\u00e0 les assi\u00e9ger. Tout un travail minutieux sur la mati\u00e8re qui donne des compositions harmonieuses de couleurs sans contours nets mais diffus et ramifi\u00e9es telles des liquides consistants. On pourrait les contempler ind\u00e9pendamment du reste, tellement on y per\u00e7oit un bon sens de la couleur, concoct\u00e9e par l\u2019artiste lui-m\u00eame \u00e0 partir de sources diverses, \u00a0et \u00e9vocatrice des \u00e9tats d\u2019\u00e2me relat\u00e9s par les sujets de chaque visage\/toile.<\/p>\n<p>De l\u2019art que l\u2019\u0153il saisit avec plaisir. D\u2019autant plus qu\u2019il d\u00e9note un expressionisme qui r\u00e9ussit \u00e0 englober deux grands versants artistiques.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Exposition \u00e0 la biblioth\u00e8que du Royaume,\u00a0 Rabat, du 14 au 31 d\u00e9cembre 2018<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le portrait de la femme est donc dans l\u2019axe de la toile, ses yeux joliment maquill\u00e9s fixant le spectateur (il y a un r\u00e9el spectacle dans l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste), ses l\u00e8vres affichant leur rouge \u00e0 l\u00e8vres vif, les joues lisses et presque limpides.<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":1476,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[10,15,30],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1467"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1467"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1467\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1477,"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1467\/revisions\/1477"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1476"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1467"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1467"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.maghrebarts.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1467"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}